Le psaume 45 exalte le roi et l’auteur veut trouver les mots pour que son éloge soit aussi parfait que l’image qu’il porte à son souverain.

« Je me sens bouillonnant d'inspiration pour le beau discours que j'ai à faire : je vais réciter mon poème pour le roi. Je voudrais le dire avec autant d'art qu'un habile écrivain. »

J’aime la façon dont le psalmiste décide de rendre hommage à son roi ; il veut construire son chant et pas se laisser aller à une spontanéité sincère, mais maladroite. 

Il veut ajouter l’intelligence au coeur et ainsi créer une oeuvre digne du sujet dont il veut parler.

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Cette disposition d’esprit est très certainement celle de tous les auteurs bibliques. Lorsqu’ils décident de relater une histoire, de rapporter les paroles de Dieu, de partager leurs analyses, de chanter à l’Éternel ou d’écrire à des croyants pour les édifier, voire les corriger, ils construisent une oeuvre littéraire et ne font pas simplement un compte rendu ou un mail rapidement rédigé sur le coin d’une table.

N’importe quel auteur digne de ce nom, lorsqu’il décide d’écrire et donc de transmettre quelque chose, que ce soit les détails d’une expérience ou une fiction, élabore un plan, décide d’un style, vise un public, choisis ses mots, rythme les événements, crée une ambiance, joue sur les suspens et jongle avec les personnages.

Lorsque, dans une émission sur les livres, l’animateur fait parler les auteurs invités pour expliquer leurs écrits, le téléspectateur découvre le travail d’élaboration qui anticipe l’écriture. Il entend parler des intentions de l’auteur, apprend leur travail de recherche, découvre le tissage échafaudé, comprend les sous-entendus et le sens des non-dits autant que des points mis en relief. Ainsi, on découvre qu’être un auteur, c’est autant d’inspiration que de transpiration.

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Il ne faut pas croire que les auteurs bibliques ne sont pas passés par ce travail avant d’aborder la page blanche ou le parchemin nouveau. On a tellement parlé de l’inspiration divine des auteurs bibliques que l’on a évacué la dimension très humaine de cette rédaction et du travail qu'elle représente. 

Ce n'est pas ôter le souffle de Dieu dans sa Parole que d'insister sur la part investie par l'auteur biblique. C'est bien l'homme qui tient la plume, mais c'est dans l'encre de Dieu qu'il la trempe.

Le rythme des psaumes, la justesse des sentences des proverbes, la poésie du livre de Job ou les intrigues et rebondissements dans les livres de Jonas ou d’Esther, sont le fruit d’une recherche, d’une grande élaboration, d’un ouvrage peaufiné. 

Moïse, Ézéchiel, David, Néhémie, Matthieu, Jean ou Paul, riches de ce qu’ils avaient à partager, ont très certainement réfléchis à la meilleure façon d’aborder le sujet à transmettre, décidé de l’angle d’attaque, choisis les images à exploiter, joué sur les mots pour entrer en lien et complicité avec leurs lecteurs. Ils ont fait des plans et peut-être même des pages et des pages de brouillons avant de proposer, à leur génération et pour toutes les générations, un texte qui aura le relief et la force qu’il mérite.

Et c’est ainsi qu’ils ont pu vibrer, comme l’indique le psalmiste : « Je me sens bouillonnant d'inspiration pour le beau discours que j'ai à faire : je vais réciter mon poème pour le roi. Je voudrais le dire avec autant d'art qu'un habile écrivain. »

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